Président de la République de Lituanie

2014

 

Communication annuelle de la Présidente de la République de Lituanie Dalia Grybauskaitė

 

Chers compatriotes, citoyens de la Lituanie libre,

Mesdames et Messieurs les députés,

Ces derniers jours les mots Liberté, Indépendance, Souveraineté, Intégrité territoriale et Paix ont acquis une nouvelle valeur.

Après plus d'un demi-siècle de paix, qui lui valu d'obtenir le prix Nobel, l'Europe est de nouveau confrontée à l'agression.

La guerre et l'occupation ne sont plus seulement des termes historiques dans les manuels, mais une menace réelle sur le continent européen.

Nous nous inquiétons pour ce qui se passe en Ukraine, et à nouveau nous nous rendons compte à quel point la liberté est fragile.

La liberté n'est assurée que dans la mesure où nous pouvons la sauvegarder et renforcer.

Depuis déjà 24 ans nous avons la possibilité de bâtir notre pays de telle manière que notre liberté ne soit pas l'otage du profit à court terme, de la cupidité politique, de la propagande étrangère ou de groupes qui font fi des intérêts du pays.

De telle manière que personne ne puisse douter que notre jeune démocratie est prête pour les nouveaux défis, et que la liberté de la Lituanie est entre de bonnes mains.

Tous ensemble, nous avons déjà fait beaucoup pour renforcer notre pays.

Nous avons pris les décisions vitales pour notre peuple, les décisions essentielles pour que nous et nos enfants puissions vivre en sécurité en Lituanie.

Aujourd'hui, en passant en revue nos réussites économiques et commerciales, les changements historiques de notre pays, les victoires dans le domaine de la culture et du sport, la reconnaissance de la communauté internationale, nous pouvons être fiers de la Lituanie.

Nous sommes indépendants et respectés par la communauté internationale, nous avançons de manière assurée sur la voie de la démocratie et de l'Etat de droit.

Il n'est pas passé un quart de siècle depuis le rétablissement de notre souveraineté.

Voyons ce qui nous rend forts et ce qui nous rend encore vulnérables pour que nous puissions aller de l'avant encore plus vite, sans nous disperser ni céder à des influences étrangères.

Chers compatriotes,

Le vrombissement pacifique des avions de chasse alliés, lors de la célébration du 11 mars, a marqué symboliquement les dix ans d'appartenance à l'OTAN et à l'Union européenne, une période d'une valeur nouvelle dans l'existence de notre Etat, où la liberté et la sécurité sont indissociables.

La leçon de l'Ukraine nous engage tous à préserver notre liberté de toutes nos forces.

L'évidence de la menace nous a tous conduits à réévaluer nos valeurs. Je n'ai aucun doute que dans le cœur de chacun le devoir s'est réveillé tout d'abord envers ses proches, et en même temps envers sa patrie.

S'opposer ou s'accommoder. Tel est le choix qui s'impose à tous, grand du monde ou simple citoyen.

Nous n'avons pas seulement réévalué nos valeurs. Nous portons dorénavant un nouveau regard sur tout ce que nous avons fait jusqu'à présent.

En ces jours d'inquiétude, je remplis mon devoir prévu par la Constitution de passer en revue la situation dans le pays et la politique étrangère, et je vous invite tous à regarder en face la réalité dans notre pays et autour de nous.

Evaluons ce qu'ont apporté nos efforts, et combien pourraient coûter la négligence ou les décisions prises trop tard.

Alors que la démonstration de puissance et les actions de provocation ont débuté dans le voisinage de la Lituanie, nous avons pu vérifier ce qu'apporte notre politique étrangère.

Nous avons pu le vérifier et nous avons cessé d'avoir peur. Nous ne sommes pas seuls sans un voisinage imprévisible.

Tout d'abord, nous avons été rassurés par la parole donnée par nos alliés que l'indépendance, la souveraineté et l'intégrité territoriale des pays baltes est une préoccupation permanente des Etats-Unis et de l'OTAN. Nous avons reçu un soutien militaire et politique dès que le besoin s'en est ressenti.

Nous avons actuellement toutes les garanties de sécurité militaire nécessaires.

La menace directe sur la sécurité de la région a également fait ressortir l'importance de la coopération entre pays voisins. Comprenant parfaitement que la force de la région est dans son unité, tous ensemble, Lituaniens, Polonais, Lettons et Estoniens, nous avons évalué de la même manière les menaces et nous avons uni nos efforts pour assurer notre sécurité.

Au cours des dernières années, la Lituanie a renforcé ses relations avec tous ses amis et alliés en Europe et dans le monde. Nous sommes convaincus aujourd'hui que la voie principale et la plus sûre pour notre politique étrangère est le partenariat avec les pays de l'Union européenne et les Etats-Unis, et la coopération dans le cadre du NB8. Là où nous sommes respectés et où l'on nous fait confiance.

Notre candidature au Conseil de sécurité des Nations unies a même été soutenue par 187 pays du monde sur 193.

L'investissement dans la coopération régionale s'est avéré particulièrement justifié : nous faisons maintenant partie de la région d'Europe la plus forte économiquement et la plus sûre, celle des pays nordiques et baltes (NB8).

Il s'agit d'une nouvelle trajectoire géopolitique à laquelle les Etats-Unis accordent également une plus grande attention. Nous passons ainsi à un niveau de coopération stratégique avec les Etats-Unis nouveau et élargi.

Nos relations de coopération politique et économique avec l'Allemagne sont fortes, nous avons un accord de partenariat stratégique avec la France.

L'appartenance à l'OTAN et à l'Union européenne est sans aucun doute notre force. La vie même nous l'a prouvé. Ce ne sont pas seulement des garanties de sécurité militaire, politique et économique pour notre peuple, mais aussi des relations avec d'autres Etats basées sur les valeurs démocratiques, la confiance et le respect mutuels.

Le monde fait confiance à la Lituanie, ayons également plus confiance en nous mêmes.

Pour commencer, réunissons nos efforts et préparons-nous ensemble aux nouveaux défis.

Il est indispensable que toutes les forces politiques renouvellent au plus vite l'Accord national, non seulement sur la politique étrangère et de sécurité, mais aussi sur le financement adéquat de la défense. Nous sommes déjà prêts et nous avons la capacité d'atteindre au cours des cinq prochaines années un financement de la défense nationale à hauteur de deux pour cent sans léser les autres secteurs économiques et les autres groupes sociaux.

Il n'y a pas d'autre choix : nous devons être capables de nous défendre nous-mêmes avant de recevoir de l'aide.

La Lituanie et les autres pays doivent déjà faire face à une guerre ouverte de l'information.

Les plans de défense de l'OTAN ne nous défendront pas de la désinformation, du mensonge et des provocations.

Nous devons développer nous-mêmes notre résistance à l'appareil de propagande. Autrement, même une petite chanson innocente en honneur de l'Union soviétique peut se transformer en une destruction ouverte.

La riposte la plus efficace aux attaques que subit la Lituanie dans le domaine de l'information, c'est la transparence.

Notre plus fort bouclier pourrait être ici des médias nationaux responsables et citoyens,qui considéreraient le manque de respect pour notre Etat comme un défi personnel et ne laisseraient pas passer les flèches du mensonge qui sèment la méfiance envers notre pays.

C'est pourquoi je m'adresse à tous les propriétaires et directeurs des médias, à chaque journaliste et commentateur personnellement : aidez nos citoyens de faire la différence entre le mensonge et la vérité, informez de manière claire et compréhensible notre société sur les mauvaises intentions contre notre Etat, soyez un contrepoids à la désinformation et à la propagande des forces adverses.

Le pire ennemi dans la guerre de l'information est le temps perdu. Il est donc criminel que même après plusieurs attaques cybernétiques, la loi relative à la sécurité des connexions et de l'information électroniques ait pris la poussière dans les tiroirs du Ministère de l'Intérieur.

La protection des données et de l'information en ce siècle de mondialisation et de technologies numériques est une affaire de sécurité nationale.

La guerre de l'information a également mis à l'épreuve la vigilance des services nationaux de renseignement.

La loi relative aux activités de renseignement, adoptée il y a un an, oblige à réagir rapidement même aux plus faibles signaux de danger, qui sont susceptibles de porter atteinte à la souveraineté de l'Etat, à son inviolabilité et à son intégrité territoriale, au système constitutionnel, aux intérêts de l'Etat, à sa défense et à son pouvoir économique.

Cependant même une agression ouverte dans le voisinage de la Lituanie n'oblige pas le Département de la sécurité de l'Etat à prendre des mesures de prévention efficaces pour éradiquer les facteurs de risque, les dangers et les menaces provenant de l'étranger ou de l'intérieur du pays.

Renvoyer de l'un à l'autre la responsabilité de la prévention des menaces, c'est réduire la solidité politique et économique de la Lituanie.

Les atermoiements, l'autodestruction et la myopie sont pires qu'un voisin imprévisible.

Pendant plus de 20 ans, nous avons tardé à rechercher une vraie indépendance énergétique.

Pourtant cet automne, après avoir résisté à tous les tempêtes hostiles et les orages provoqués par les commissions inspirées par des forces étrangères, le symbole de notre indépendance énergétique accostera en Lituanie, le navire destiné au terminal de gaz naturel liquéfié

Ce projet géopolitique de coopération entre la Lituanie, la Norvège et la Corée du Sud, le premier dans la région de la Baltique, est le résultat des changements historiques dans le système énergétique de notre pays

C'est un succès qui couronne les efforts de toute la Lituanie, suite auquel le gaz russe qui représentait une menace existentielle pour la Lituanie ne sera plus indispensable, tout simplement

En quelques années la Lituanie a réussi à s'assurer des alternatives non seulement pour l'approvisionnement en gaz mais aussi en électricité. Dès l'année prochaine, en 2015, la connexion électrique avec la Suède entrera en activité, la Lituanie sera liée aux réseaux électriques de l'Europe occidentale.

C'est la fin de la dépendance énergétique.

L'indépendance énergétique est une condition indispensable pour la prospérité de l'Etat.Cela ne signifie pas seulement des prix justes pour l'électricité, le gaz et le chauffage. C'est aussi une Lituanie sûre et compétitive.

Cependant plus que les conflits avec Gazprom, notre pays est épuisé par les appétits des oligarques locaux du secteur énergétique.

Aujourd'hui les accords de corruption commencent par des hommes de paille dans les ministères de l'Energie et de l'Environnement, dans les mairies et jusque dans les copropriétés. L'ancien Ikoras de Rubikonas est devenu un rapace qui a envahi les services communaux, de la collecte des ordures à la distribution d'eau et de chaleur.

Cette configuration, qui fait tourner les compteurs sans fin, dévalise les citoyens au moins autant que Gazprom, que nous avons déjà surpayé de 5 milliards de litas.

Devant les abus des groupes d'intérêt dans un secteur énergétique qui génère 12 milliards de litas, un meilleur contrôle permettrait à la Lituanie de devenir un Etat européen compétitif et prospère.

Une politique déterminée de l'Etat est indispensable non seulement pour l'avenir de l'énergie atomique ou des gaz de schiste, mais aussi pour le secteur du chauffage.

Malgré l'apparition des premiers producteurs indépendants de chaleur, malgré la segmentation de l'approvisionnement en gaz et de la vente d'autres services communaux, malgré l'arrêt de l'activité incontrôlable des monopoles et des administrateurs d'immeubles à leur service, les efforts sur cinq ans pour diminuer le prix de la chaleur et des services communaux ne sont toujours pas suffisants.

Dans certaines régions ce ne sont pas les mairies qui gèrent les fournisseurs de chaleur, mais les oligarques de la chaleur qui dictent leurs conditions aux autorités locales et aux habitants.

Il faut donc réfléchir sérieusement à la nationalisation d'une partie du secteur de la chaleur dans les grandes villes. Il faut aussi qu'émerge enfin un programme national pour le secteur de la chaleur.

Aider la Lituanie à devenir plus forte économiquement et la défendre des fraudeurs est notre affaire à tous.

Contre le cancer de corruption, les antidotes que nous avons créés fonctionnent, le combat se poursuit sans exception. Les tribunaux ont puni les délits de corruption par près d'un million de litas d'amendes rien que l'année dernière.

34 affaires pénales pour enrichissement illégal ont déjà été traitées, dans lesquelles les avoirs incriminés ont représenté plus de 11 millions de litas.

Tout ceci a permis à la Lituanie de monter à la 43e place sur 177 selon l'indice de perception de la corruption.

La lutte cohérente de la Lituanie contre la corruption à grande échelle a été très bien évaluée dans le rapport de la Commission européenne. Toutefois nous sommes toujours à la dernière place pour ce qui est de la petite corruption pratiquée par les habitants, celle qui est la plus enracinée dans les établissements de santé publique, dans les mairies, dans la police.

Ces habitudes empêchent l'organisation transparente du travail et l'utilisation rationnelle des ressources disponibles.

Pour le seul secteur de la santé, nous allouons chaque année 5 milliards de litas. Les usagers paient encore 2 milliards de litas par eux-mêmes. Nous sommes équipés d'appareils médicaux chers et modernes.

Pourtant, pour la majorité des gens, les soins de santé continuent d'être accessibles seulement avec le paiement d'un supplément.

Les enquêtes montrent que dans notre pays, 79 % des gens estiment que les pots-de-vin aident à résoudre les problèmes.

Tant que nous n'aurons pas appris à naître sans pot-de-vin, à trouver un emploi sans pot-de-vin, à bâtir sans pot-de-vin, à vieillir sans pot-de-vin, nous serons vulnérables car on peut nous acheter.

C'est seulement quand pas un seul d'entre nous ne sera tenu par des liens de corruption que personne ne pourra acheter ou vendre la Lituanie.

Avec le renforcement des lois sur la concurrence, les abus des monopoles sont de moins en moins possibles, les activités malhonnêtes sont contrées. L'année dernière, le Conseil de la concurrence a infligé 80 millions de litas d'amendes, soit deux fois plus que pendant toute la durée de son existence, et a protégé les consommateurs de 186 milliards de litas de pertes.

Plus d'argent est disponible pour le bien-être des gens grâce à la plus grande transparence desmarchés publics. Cette transparence dans un secteur qui représente 14 milliards de litas a permis de diviser les abus par deux. Cependant il reste de nombreux marchés publics opaques dans les municipalités, en particulier dans le domaine des biocarburants et du traitement des déchets.

Si l'Inspection des impôts était aussi vigilante sur les profits millionnaires qu'avec les petites entreprises, le trésor public serait plus rempli d'au moins un demi-milliard.

La solidité de la Lituanie augmente également grâce aux entreprises transparentes, compétitives, basées sur l'innovation et l'initiative personnelle.

Une vague blanche des affaires traverse le pays et apporte avec elle la culture du paiement honnête des impôts, des salaires et des achats publics transparents, de la concurrence honnête et de l'éthique commerciale.

Les entreprises actives et créatives qui méritent d'être récompensées par des prix prestigieux se multiplient : elles s'adaptent avec inventivité aux changements du marché international et font face à la concurrence grâce à la qualité de leur production.

Les entreprises sociales deviennent de plus en plus populaires, surtout parmi les jeunes, qui recherchent non seulement le profit mais également l'utilité sociale : embauche de personnes socialement vulnérables, création d'entreprises écologiques, fourniture des services nécessaires aux personnes.

Aider les entrepreneurs honnêtes et citoyens à prendre des positions dans tout le pays n'est pas seulement la mission de programmes tels que « Lituanie sans économie souterraine » ou « Ligne de transparence », mais également le devoir direct du gouvernement.

Ce sont ces entreprises qui sont la force de l'économie nationale et le contrepoids aux accords de corruption et aux affairistes dépendants aux paiements frauduleux et à la double comptabilité.

Les entreprises responsables et transparentes ne permettront pas l'humiliation et le chantage de la Lituanie.

La marge de profit est souvent égale à la marge de risque. Il est donc temps de constituer un environnement sûr pour que les entreprises ne vivent pas dans la peur et ne soient pas tentées de vendre la Lituanie pour exporter du beurre.

D'autant plus que ces dernières années, beaucoup a été fait pour chercher des marchés fiables, promouvoir la Lituanie, développer des relations économiques et établir de nouveaux contacts.

La Lituanie est déjà invitée à engager les négociations pour adhérer à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le club des pays économiquement stables et fiables.

Lors de la présidence du Conseil de l'Union européenne, nous avons considérablement élargi nos horizons diplomatiques : nous sommes devenus visibles, entendus et respectés. La Lituanie est dorénavant connue comme un pays travailleur, fiable, innovant, un pays à la culture riche et aux entreprises modernes.

Ne dilapidons pas ces acquis mais mettons-les à profit.

La reconnaissance internationale de la Lituanie doit se traduire par des projets utiles au pays.

Déjà maintenant, plus de 75 % des produits lituaniens sont exportés dans les pays de l'Union européenne. Et l'exportation des lasers lituaniens modernes se diffuse à travers tous les continents.

Les investissements provenant des Etats de l'Union européenne représentent en Lituanie 82,5 % de l'ensemble des investissements. A eux seuls, les pays nordiques ont investi dans notre pays près de 17 milliards de litas.

Il est d'une importance vitale que les investissements transparents soient encouragés et développés dans toutes les régions du pays.

Pour y parvenir, il faut mobiliser les efforts des diplomates, des autorités et des entrepreneurs.

Rien que l'année dernière, l'établissement public « Investis en Lituanie » a aidé à lancer 22 projets de sites vierges dans différents districts du pays. En 4 ans 9570 habitants ont trouvé un emploi.

Toutefois les investissements ne vont absolument pas vers les municipalités de Rietavas, Šilalė, Marijampolė, Pagėgiai, Šalčininkai, Lazdijai, Jurbarkas, Birštonas, Rokiškis.

Attirer des investissements doit devenir également la responsabilité directe des autorités locales. L'avenir de la Lituanie en tant que pays qui attire les capitaux, les technologies, les innovations, qui offre de bonnes conditions pour travailler et gagner sa vie, dépend de la créativité et des efforts de chaque maire ou conseiller local.

Dans certaines municipalités à peine un tiers d'habitant ont un emploi. L'exclusion sociale devient ainsi une menace pour la sécurité de l'Etat.

Ce n'est que s'ils ont un travail que nos citoyens seront invulnérables et qu'ils se sentiront en sécurité dans leur pays.

Nous avons vraiment des ressources humaines uniques. Même les investisseurs étrangers reconnaissent que les employés lituaniens sont du meilleur niveau. Nous faisons partie des six meilleurs pays de l'Union européenne d'après le niveau de formation de la main-d'œuvre.

Nous envoyons de l'espace des vœux lituaniens au monde, les inventions lituaniennes brevetées sont concurrentielles sur les marchés internationaux. Nous sommes le pays de l'Internet le plus rapide, nous développons 5 vallées commerciales et scientifiques, nous avons des laboratoires de plus haut niveau.

Une Lituanie concurrentielle au niveau mondial par la qualité du travail et les inventions,c'est déjà une réalité et non une vision d'avenir. Cela donne une nouvelle vitesse à l'économie nationale et à la modernisation économique.

Après avoir réduit l'écart entre la science et les entreprises, modernisé la gestion des études, adapté la formation professionnelle aux besoins du marché, la Lituanie pourra être concurrentielle non seulement par sa main-d'œuvre qualifiée, mais aussi par sa productivité et par ses technologies.

En investissant dans la formation de spécialistes, nous développerons le potentiel de toute l'économie et nous assurerons la stabilité économique de la Lituanie.

Il est prévu d'accorder plus de 400 millions de litas en faveur de l'emploi des jeunes d'ici à 2020. L'utilisation intelligente de cette somme pour des projets actifs permettra certainement aux jeunes diplômés de trouver un emploi plutôt que de se retrouver au chômage.

La croissance économique doit permettre la création d'emplois et des revenus qui assurent une vie digne. Les gens doivent se sentir en sécurité aujourd'hui et ne pas avoir à s'inquiéter de l'avenir de leur famille.

Notre économie est durable, les indicateurs macroéconomiques solides.

Nous avons toutes les potentialités pour une croissance économique encore plus rapide.

Nous avons tout fait pour que notre pays obtienne du budget de l'Union européenne une aide de 10 % plus élevée au cours des sept prochaines années, ce qui représente 44,5 milliards de litas.

Les agriculteurs et les habitants des zones rurales recevront près de la moitié de cette somme, à voir 17,24 milliards de litas.

Toutefois il reste dans le pays 500 000 hectares de terre abandonnés et en friche. Il a été calculé que si nous cultivions des céréales ou développions d'autres cultures sur ces terres, nous gagnerions un milliard de litas supplémentaire.

Faisons nous-mêmes travailler notre terre, et alors nous n'aurons plus peur qu'elle ne soit achetée par des étrangers.

Toutefois l'aide européenne n'est pas éternelle, elle diminuera petit à petit. En dix ans d'appartenance à l'Union européenne, nous avons atteint 72 % de la moyenne du niveau de vie dans l'Union européenne.

Actuellement l'aide européenne représente près d'un quart de notre budget national annuel. Nous devons donc investir cet argent dans l'avenir de manière responsable et intelligente et assurer que chaque personne profite du bien-être économique, faire en sorte que l'argent n'aille pas dans les poches des groupements corrompus.

Aujourd'hui l'une des plus grandes menaces est que l'argent qui a exigé des négociations difficiles à Bruxelles puisse être tout simplement détourné.

Lorsque nous avons dû surmonter la crise économique et sauver le pays de la faillite, nous avons très clairement vu que le principal problème de l'Etat n'était pas le manque d'argent. Les groupes d'intérêt corrompus et le gaspillage irréfléchi nous appauvrissent beaucoup plus.

La Lituanie peut devenir un pays qui offre des opportunités aux personnes honnêtes.Mais nous ne devons pas permettre aux escrocs et aux machinateurs de les usurper.

Dans cette nouvelle étape de la répartition de l'aide européenne, nous voyons que commence une rotation artificielle des chefs, des tentatives de placer des cadres politiques aux postes de directeurs d'institutions telles que l'Agence du.

Fonds social européen, le Ministère de l'Agriculture, l'Agence nationale des paiements, et même les orphelinats d'enfants handicapés, les écoles de formation professionnelle, les bibliothèques et les centres culturels.

La majorité au pouvoir, occupée à se disputer les zones d'influence financière, n'a plus le temps de résoudre les problèmes durables des citoyens.

Sans tenir compte du fait que les retraites ne sont toujours pas compensées et les salaires toujours pas restitués, les appétits des partis reprennent comme avant la crise et les promesses populistes et irresponsables resurgissent. Ils peuvent à nouveau enfoncer le pays dans le chaos financier.

C'est seulement avec une politique financière responsable que nous pouvons faire face à tous les défis.

L'adoption de l'euro limitera le populisme au niveau politique et financier et protégera l'Etat de l'irresponsabilité des politiques. L'euro deviendra certainement une impulsion importante pour notre économie.

L'utilisation réfléchie des ressources publiques et les investissements au meilleur rendement social et économique nous rendront encore plus forts.

Mesdames et Messieurs,

Les autorités judiciaires indépendantes du pays entreprennent également des actions de plus en plus courageuses pour défendre des intérêts de l'Etat et des citoyens honnêtes.

Le respect des principes, les sélections plus exigeantes et la rotation permet à la communauté des juristes de se débarrasser des personnes corrompues ou là par hasard. Une armée professionnelle et citoyenne se forme, prête à défendre les intérêts de l'Etat au niveau national et international.

La robe de magistrat devient de nouveau le symbole d'un pouvoir judiciaire respectable et non la couverture de l'impunité.

En 5 ans 86 % des présidents de tribunaux ont changé, 115 nouveaux juges ont été nommés.

Les tribunaux se modernisent : la distribution informatisée des affaires, le lancement des dossiers électroniques, les enregistrements numériques au lieu des procès verbaux traditionnels en sont la preuve. Il est aussi nécessaire de mettre en place un examen plus rapide des affaires dans le domaine pénal.La participation des représentants de la société dans la sélection et l'évaluation des juges transforme un clan fermé en une communauté ouverte.

Les citoyens recommencent ainsi à avoir confiance en la justice : il y a cinq ans à peine seulement un citoyen sur cinq faisait confiance aux tribunaux de notre pays. Aujourd'hui ce nombre a doublé et est passé de 24 % à 51 %.

Les agents de police ont la confiance de 69 % des habitants de notre pays, et le modèle du service de l'immunité de la police est devenu un exemple de lutte efficace contre la corruption à l'intérieur du service pour toutes les autorités judiciaires.

La modernisation touche le plus difficilement le ministère public. Le pouvoir des anciens procureurs y prospère toujours, le système n'accepte pas de nouvelles personnes, la vision des droits de l'homme ne change pas. Les investissements dans la formation continue ne sont pas suffisants, les tendances européennes et mondiales ne sont pas analysées, les nouvelles idées ont toujours du mal à y trouver leur place.

La rotation des chefs donne là aussi de bons résultats, mais il est évident qu'une incompétence avec rotation reste une incompétence qui n'est pas capable d'identifier les menaces réelles contre l'Etat.

C'est pour cette raison que la persécution pénale soviétique est toujours pratiquée dans cette institution, même si la base juridique a changé depuis longtemps et qu'il n'est plus possible de maintenir des positions par la force. Ces actes, qui portent atteinte aux droits de l'homme, ont un retentissement international.

Dans le monde, les voies de la justice réparatrice sont de plus en plus utilisées, comme les processus de négociation ou les accords amiables. Et pourtant en Lituanie les enquêtes continuent à être menées au tout venant et l'on cherche absolument à punir.

Tout ceci permet la répétition du même scénario à chaque élection : changer les chefs des institutions judicaires pour subvenir aux caprices politiques et pour profiter du système comme d'un instrument de règlement de compte.

La situation ne peut changer que grâce à la responsabilité personnelle, au courage et au dévouement des spécialistes du droit qui ne craignent pas les changements et les défis.

La défense de l'Etat et des droits de l'homme basée sur les principes et l'efficacité, et non la défense aveugle de son statut, doit devenir la mission de toute la communauté juridique, qui compte plus de 5000 personnes.

Seule l'utilisation des instruments civilisés du droit national et international peut nous permettre de poursuivre sur la voie de l'Etat de droit.

Nous serons ainsi capables d'assurer la suprématie de la Constitution et le respect du droit.

Les intérêts étroits des partis ne pourront plus utiliser le système judiciaire, ni le système législatif. La politique ne deviendra pas un business où l'on règle ses affaires personnelles.

Aujourd'hui la sécurité politique de la Lituanie est prise dans un piège que nous avons nous-mêmes tendu en votant de manière irresponsable ou ne participant pas du tout aux élections.

Et pourtant c'est d'abord la volonté politique qui détermine l'avenir du pays.

Nous approchons de la sixième élection présidentielle libre. Lors de la première, en 1993, près de 79 % des électeurs avaient voté.

Ces derniers temps, à peine la moitié des électeurs participent aux élections.

Aux dernières élections législatives, 450 000 citoyens de 20 à 40 ans ne sont pas venus voter et sont restés indifférents à l'avenir de l'Etat.

C'est alors que le financement étranger choisit notre pouvoir. C'est à lui, et non aux électeurs, que les politiciens du pays deviennent redevables.

La sécurité et la maturité politique de la Lituanie commencent dans les urnes.

Nous sortons déjà de la toile de la corruption politique, les partis apprennent à vivre sans le financement des entreprises.

L'ancienne nomenklatura est remplacée par une jeunesse active, qui a grandi et qui s'est formée dans un monde libre et démocratique. Dans quelques années, c'est elle qui prendra les rênes de l'Etat. Aidons-les à ne pas perdre confiance dans la Lituanie.

Chers compatriotes,

Aujourd'hui, alors que le berceau de notre littérature, Kaliningrad, retentit du son des armes, les lettres de Kristijonas Donelaitis revivent dans le musée de Tolminkiemis. Elles renferment l'injonction éternelle qui a permis à la Lituanie de subsister.

C'est aussi un rappel aux Donelaitis, Maironis et Marcinkevičius d'aujourd'hui, aux cercles des arts, de la culture et des sports, aux intellectuels et au clergé de notre pays, aux académiciens et aux lauréats des prix nationaux.

Votre place est en première ligne, et non dans l'ombre.

L'apport de chacun est particulièrement important pour former une société mature, la culture de l'Etat, la politique de la mémoire historique et le respect mutuel.

Cette année, le conseil culturel de Lituanie est entré en activité : la répartition des moyens pour la culture est dépolitisée. Que les artistes décident eux-mêmes des projets qui méritent l'attention de l'Etat et qui peuvent renforcer l'esprit de la Nation.

La protection de la langue lituanienne ne doit pas être le souci de la seule Commission nationale de la langue, mais la responsabilité de chacun d'entre nous.

Car c'est bien la langue qui est le fondement du civisme et de la responsabilité pour son pays, de l'identité, du développement culturel et du lien entre les communautés.

C'est dans les rencontres mondiales des jeunes lituaniens et dans les forums économiques, dans les missions de mémoire historique, que naissent le soutien à la Lituanie et l'aide mutuelle. Le bien-être des Lituaniens dans différents domaines est aussi la préoccupation des organisations non-gouvernementales (ONG), qui sont déjà plus de 10 000.

Le projet « Lituanie mondiale » devient un phénomène unique de renforcement de l'Etat.

Où que nous soyons, revenons en Lituanie avec nos connaissances, nos idées, nos investissements et nos expériences. Nul ne doit laisser la Lituanie au bord de la route du progrès.

Si nous perdons notre chemin, ce sont ceux pour qui la Lituanie n'est pas la Patrie qui prendront notre place.

Chers compatriotes,

La Lituanie est le plus beau et le meilleur pays. Et elle deviendra la maison du bien-être. Si nous croyons en la Lituanie.

Ceux qui nous ont défendus le 13 janvier nous ont donné la possibilité de créer par nous-mêmes notre Etat, et non de le vendre ou le donner aux autres.

Il ne suffit donc pas de porter un myosotis sur le revers de notre veste pour nous souvenir du prix de liberté.

Chacun de nous doit la renforcer par ses travaux et sa vie.

Je veux, comme vous tous, voir la Lituanie indépendante, transparente, démocratique, respectée dans le monde entier et juste pour chaque citoyen.

Soyons fiers de notre pays unique et renforçons-le où que nous soyons.

Aujourd'hui nous devons nous mobiliser tous : les générations de l'après-guerre, de l'époque soviétique, de la perestroïka et de l'indépendance, les plus grands intellectuels, les entrepreneurs responsables et les forces politiques transparentes.

Si nous croyons en la Lituanie et que nous agissons ensemble, le succès continuera de nous guider.

La foi en la Lituanie est notre force à tous, celle qui a été mise à l'épreuve par les camps, les exils, les occupations, les blocus et les périodes de crise.

Je vous remercie tous, vous qui croyez en la Lituanie et qui renforcez sa liberté!

Mise à jour 2015.01.05 12:28